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Municipales Rouen : Cui-cui et ses drôles d’oiseaux

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La campagne des municipales dans cette bonne vieille ville de Rouen vient de connaître un retournement politique qui acte la déshérence des écologistes rouennais. Avec le retrait de la liste menée par Jean-Michel Bérégovoy au premier tour, et si tôt, le constat est édifiant : il n’y a plus de mouvement écologiste autonome à Rouen ! Qui l’aurait cru en 2008 lorsque les Verts rouennais de l’époque se retrouvaient propulsés dans une majorité pluraliste de gauche. Après 18 ans sans parenthèse, ceux qui s’autoproclamaient comme une réelle alternative au Parti socialiste local, de plus en plus droitier, se sont accrochés tels des mammifères canidés et carnivores aux places. Ainsi, les enragés verdoyants se sont transformés en une espèce de volatiles sans aucune grandeur politique.

Nicolas Mayer-Rossignol s’en lèche les babines. Le droitier socialiste a réussi non seulement à rallier, après un accord départemental qui vaut son pesant d’or d’hypocrisie, le Parti communiste rouennais — connu depuis 2001 pour sa politique de places au détriment des idées politiques — mais il récupère aussi les écologistes. Des écologistes épuisés, laminés et au bord de la fin politique à Rouen. Ainsi, la boucle est bouclée : le Parti socialiste rouennais les a broyés !

Souvenez-vous, Jean-Michel Bérégovoy réenchante la politique. En 2020, il se présente en homme fort pour ces municipales. Les sondages sont bons et, fait étonnant, il a réussi à emmener les communistes avec lui, ce dont je me demande encore pourquoi aujourd’hui ! La gauche locale, la vraie et pas celle de NMR, pensait avoir trouvé cet élan politique qui pouvait donner à la ville de Rouen une autre partition que celle qu’elle put connaître au cours du dernier mandat. Souvenez-vous, ceux qui s’appelaient alors « Europe Écologie Les Verts » démissionnaient de leur mandat quelques mois avant les élections. Souvenez-vous, la gestion de la catastrophe écologique « Lubrizol » avait sensibilisé les Rouennais à la cause environnementale. Jean-Michel Bérégovoy se faisait d’ailleurs connaître nationalement. Toutes les conditions étaient réunies pour que Bérégovoy se fasse enfin un prénom !

Et patatras ! Arrive le confinement après le premier tour des élections, qui se déroulèrent dans des circonstances étranges, amenant Nicolas Mayer-Rossignol en tête de la horde des ambitieuses têtes de liste ! Ambitieux, Bérégovoy ? Au final, et avec le recul, non ! Car à l’issue du premier tour, et malgré le report du second tour à une date indéfinie, le chef de file de EELV s’en allait à pied féliciter le vainqueur en annonçant son ralliement.
« Un quart d’heure s’est passé entre l’annonce officielle des résultats et le départ de Bérégovoy de la permanence pour le QG socialiste. Il n’a même pas réuni ses colistiers pour annoncer sa décision ! », m’explique au téléphone un colistier représentant « le Parti radical de gauche ». Dégoûté, il m’annonce ne plus jamais s’engager en politique !

Désillusion ? Oui, dans la mesure où, si l’on additionnait les scores de la gauche hors PS, il y avait « match » pour le second tour avec Cui-Cui ! En agissant de la sorte, Bérégovoy signait son arrêt politique dans l’opinion politique locale.

S’ensuivit une mandature sans grandeur pour des écologistes réduits à nouveau à jouer les paillassons politiques du Parti socialiste droitier du maire de Rouen, propulsé en plus président de la Métropole. Pendant six ans, les écologistes restèrent muets politiquement. Ils jouaient leur rôle d’élus, oui, mais sans peser sur les thématiques essentielles, se contentant de jouer au rapport de force interne pour glaner çà et là un peu plus de pouvoir pour leurs petites personnes.

La dernière année restera dans les annales du loft-story politique. L’émotion en guise de programme. Le sentimentalisme comme ligne stratégique. Une vie privée étalée sur les réseaux sociaux — agréable peut-être, mais politiquement insignifiante. Des silences assourdissants sur les dossiers lourds. Des abstentions répétées sur des votes écologiquement explosifs. Et enfin, le registre plaintif.
« Ils seront toujours les plus forts », me souffle-t-il lors du meeting de Clémentine Autain. Ce jour-là, tout était clair : le ralliement était en préparation, emballé dans le costume de la victime.

Voilà dix-huit ans que les écologistes dénoncent le fonctionnement du PS dans la majorité municipale. Dix-huit ans à dire : « Ce n’est pas nous, c’est eux ». Et quand vient le moment de reconduire le PPP (partenariat public/privé) , dans des conditions parfois pires qu’en 2004 sous Albertini, Stéphane Martot, ami fidèle et éternel de M. Bérégovoy, baisse les yeux et lâche : « Ce n’est pas nous qui avons signé ». Mensonge politique. Lâcheté assumée. Trahison consommée.

Les loups de 2020 sont devenus des oiseaux craintifs, répétant en boucle que ce n’est pas leur faute, qu’il est injuste de les critiquer, qu’ils ont tout fait pour les Rouennais. Personne n’y croit plus. Comme le dit la formule  » Ils pissent dans un violon » .

Aujourd’hui, Cui-Cui ramasse une prise politique qui pourrait bien lui exploser à la figure. Car entre la montée des extrêmes, la colère citoyenne et la fracture jusque dans le camp de la gauche, une quadrangulaire se dessine. Et dans ce chaos organisé, la victoire de Marine Caron devient une hypothèse crédible.

Frédéric Quillet

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