Sous l’odeur rassurante du pain chaud et les vitrines faussement rétro, prospère une imposture bien huilée. Le mot artisan est partout sur les enseignes, les sacs en papier, les discours ; mais dans l’arrière-boutique, ce n’est pas le savoir-faire qui règne : c’est l’industrie. En chef d’orchestre ? Le Nutella, star mondiale de la facilité, et toute sa cohorte de pâtons surgelés, crèmes en poudre et garnitures standardisées.
Ici, l’artisan n’est plus un créateur. Il est devenu revendeur chauffant.
Du tablier, un four… et beaucoup de cartons et pots
Le décor est parfait : tablier immaculé, farine savamment jetée sur le plan de travail, lexique de tradition bien rôdé. Mais la réalité est moins poétique. Les viennoiseries brillantes sortent de cartons, les croissants sont garnis à la louche de pâte à tartiner industrielle, les éclairs montés à partir de bases prêtes à l’emploi. Pas de torréfaction, pas de recettes maison, pas de temps long. Juste un art consommé du réchauffage.
Le client croit acheter du métier. Il achète de l’assemblage. Nutella, totem sacré de la paresse gastronomique . S’il fallait un symbole de cette dérive, ce serait lui.
Pourquoi travailler quand un pot peut mentir à votre place ?
Pourquoi torréfier, doser, rater parfois, quand Ferrero garantit un goût stable, sucré, consensuel et rentable ?
Quand un pot plastique peut faire le job, garantir un goût standardisé et flatter la nostalgie collective ? Le “croissant fourré maison” devient un mensonge tiède : il vient de la maison… Ferrero. Ce n’est pas une question de goût. C’est une question de vérité. Peut-on encore parler d’artisanat quand l’essentiel du travail est délégué à l’agroalimentaire ? Transformer des matières premières, c’est un métier. Ouvrir des seaux, c’en est un autre.
Le crime n’est pas industriel, il est tarifaire
Utiliser de l’industriel n’est pas un péché.
Le vendre au prix du talent, oui.
Un pain sorti d’un camion devient “tradition”.
Un croissant décongelé devient “fait maison”.
Une pâte à tartiner industrielle devient “gourmande”.
La seule chose vraiment travaillée ici, c’est le vocabulaire. « La langue est malléable quand elle rapporte. »
Le tour de force est là : vendre plus cher ce qui coûte moins à produire.
Le flou réglementaire fait le reste :
La loi autorise l’imposture tant qu’elle reste bien maquillée.
“Artisan” ne veut pas dire « tout fait ici » et « ne signifie pas tout faire soi-même. »
“Fabrication artisanale” ne veut pas dire “fabrication intégrale”.
Il suffit d’un diplôme, d’un statut, d’une façade.
La mise en scène remplace le métier on cache les seaux, on soigne la vitrine.
Le client paie pour une histoire.
Il reçoit un montage.

Les vrais artisans, eux, paient l’addition
Vous savez, ceux qui transforment vraiment, qui ratent parfois, qui recommencent, qui fabriquent leurs pâtes, montent leurs ganaches, torréfient leurs fruits secs et se lèvent avant l’aube , tandis que d’autres autres dorment — sont étouffés par cette comédie sous néons, noyés dans cette grande soupe marketing. Leur exigence coûte plus cher, prend plus de temps, et ne tient pas sur une étiquette mensongère.
Ils n’ont pas le temps de tromper.
Ils travaillent.
L’artisanat ne se proclame pas et il va falloir choisir son camp
Ce texte n’est pas contre l’industrie. Il est contre le mensonge.
L’industrie n’est pas un crime. La dissimulation, si ! Le problème n’est pas d’utiliser des produits industriels, mais de les vendre comme du savoir-faire. L’artisanat n’est pas un mot magique, ni un décor, ni un storytelling bien beurré. L’artisanat n’est ni un logo, ni un décor, ni une nostalgie à vendre.
C’est un travail réel, lent, imparfait, coûteux. Le reste n’est que du commerce déguisé. Et le Nutella (et autres produits industriels.) ne fait pas un artisan.
Le vrai artisanat ne sort pas d’un sachet. Et certainement pas d’un pot.
En guise de conclusion et cela reste mon avis sincère : Quand on ose utiliser des poisons comme le Nutella dans des viennoiserie et pâtisseries : les mots artisan / artisanale devrait jamais figurés sur vos enseignes et emballages.
Docteur Mansour


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