Il est des disparitions qui font trembler une époque, et d’autres qui ressemblent à un discret glissement
de terrain dans un paysage déjà déserté.
Avec la mort du dernier socialiste !
Cette catégorie en voie d’extinction depuis plusieurs décennies, c’est toute une certaine idée de la
gauche française qui s’éteint, ou plutôt qui confirme qu’elle était déjà passée de vie à trépas bien avant
l’annonce officielle.
Dans ce cimetière idéologique où les roses ont fané depuis longtemps, une silhouette demeure, droite,
austère, presque anachronique : celle de Lionel Jospin. Homme de rigueur plus que de ferveur,
protestant dans une république de catholiques culturels, il aura incarné un socialisme de gestion,
méticuleux, appliqué, parfois courageux et souvent désespérément tiède.
Jospin, c’était le sérieux jusqu’à l’ennui, la morale jusqu’à l’ascèse, et la conviction qu’on pouvait encore
gouverner à gauche sans hausser la voix. Premier ministre d’une cohabitation devenue modèle du
genre, il modernise sans révolutionner, réforme sans bouleverser, et réussit l’exploit d’être à la fois
respecté et rarement aimé. Un homme qui faisait de la politique comme d’autres remplissent des
formulaires : proprement, consciencieusement, sans jamais dépasser.
Et puis vint 2002. Ce moment suspendu où, en quelques heures, la réalité rattrapa la méthode. Éliminé
dès le premier tour, il choisit de se retirer ; un geste d’une élégance rare, presque suspecte dans un
monde politique où l’on s’accroche habituellement aux ruines avec une dignité toute relative. Certains y
virent une noblesse, d’autres un abandon. Peut-être était-ce simplement la lucidité d’un homme qui
comprenait que son époque ne le comprenait plus.
Depuis, Lionel Jospin est resté comme un vestige vivant : témoin d’un socialisme qui croyait encore à
l’État, à la raison, et à une certaine idée de l’intérêt général, et tout cela sans hashtags ni effets de
manche. À l’heure où la politique se fait spectacle, il demeure une archive un peu poussiéreuse, mais
étrangement rassurante.
Alors oui, la mort du dernier socialiste prête à sourire, tant la formule semble exagérée. Mais elle dit
quelque chose de vrai : une époque est finie. Celle où l’on pensait qu’il suffisait d’être sérieux pour être
crédible, et crédible pour être élu.
Jospin, lui, aura été sérieux jusqu’au bout. Et c’est peut-être là, finalement, son plus grand tort ou sa
dernière élégance.
Ceci n’est pas un hommage
Un juste constat d’un primate évolué observant une tragédie comique
Dr Mansour


Laisser un commentaire