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les Gilets Jaunes : Mouvement révolutionnaire ou caprice de masse ?

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Ce qu’ils réclamaient, au fond, ce n’était pas un autre monde : « juste leur place dans celui-là »/ « être des consommateurs comme les autres », à part égale avec ceux qui consomment sans compter. Pas de renversement de table, non. Juste un siège en plus, SVP. Idéalement avec un coussin.


On a vu surgir des slogans en carton (jaune, bien sûr), des ronds-points redécorés comme des cabanes de scout mal finis, et une indignation toute fraîche, toute neuve, presque naïve.


Comme si le monde venait de les trahir personnellement !? La politique ? Tous pourris. Les syndicats ? Vendus. Les partis ? Morts.

La seule revendication qui tenait debout : « On veut vivre comme les autres. »

Entendez par là : faire le plein, bouffer au McDo, s’offrir un écran plat pendant le Black Friday sans saigner du porte-monnaie.


Pas de vision à long terme. Pas de projet de société. Juste une complainte continue de consommateurs frustrés. Le gilet jaune était moins un symbole de lutte qu’un uniforme d’usager en colère, coincé entre deux crédits à la consommation.


Une France périphérique, non pas oubliée, mais accrochée à une illusion : celle qu’elle avait droit, elle aussi, à sa part du rêve néolibéral. Et quand ce rêve s’éloigne, on crie à l’injustice.
On bloque les routes. On hurle sur les ronds-points. Mais surtout, on ne touche pas à la bagnole.


Alors non, ce n’était pas une révolution. C’était un caprice de masse, une insurrection sans idéologie, sans cap, sans lendemain. Un grand râle collectif, sincère peut-être, mais totalement
creux comme une coque de téléphone cassée sur le parking d’un Auchan.
Et maintenant ?

Plus rien. Le gilet fluo a rejoint le coffre, entre le triangle de signalisation et
le bidon de lave-glace. Le bruit s’est tu. Le vide est resté.

Docteur Mansour

2 réponses à “les Gilets Jaunes : Mouvement révolutionnaire ou caprice de masse ?”

  1. Avatar de L'irrévérencieuse civilisée
    L’irrévérencieuse civilisée

    Entre pressions fiscales et sociales, atomisation du politique induit par les élites et addiction du peuple aux sirènes néolibérales, le mouvement des gilets jaunes dans tout ça n’aurait été au fond qu’un mirage révolutionnaire porté par la question consumériste?

    Cet article sans concession, éclairé d’une lumière vive et enraciné dans la psychologie des profondeurs nous offre une analyse percutante de cette ferveur collective retombée comme un vieux soufflet. De mon point vue, cette insurrection au delà de sa lecture consumériste, témoigne et s’enracine au départ d’un terreau révolutionnaire ou d’un réel « conatus » si j’ose dire, de ses initiateurs.

    Alors oui, il est vrai que dans sa presque entièreté, le peuple français, toute classe confondue se prosterne face à Netflix, Macdo, Carrefour, j’en passe et des meilleurs. Mais cette génuflexion généralisée ne suffit pas à mon sens à cristalliser la genèse du mouvement des gilets jaunes dans la seule et unique allégeance aveugle à dame consommation. La nuance est de mise.

    Ce bataillon apparu dans un jaillissement soudain, façon génération spontanée, et porté par une force émanant de ses chairs dans son acception philosophique, a levé d’abord une toute petite poignée d’hommes pauvres et en colère. Animés d’une volonté de puissance hors du commun des politiques, ces hommes en colère avaient pour dessein une cessation des injustices sociales actées dans cette séquence historique par la flambée des prix du gasoil.

    Un réel fond de souffrance intérieure et physique, une impossibilité à joindre les deux bouts, un gouffre exponentiel des inégalités normalisées ont été les bases de ce soulèvement inscrit dans l’organique.

    Le mouvement des gilets jaunes dans ces prémisses contenait donc en son sein quantité de symptômes paroxystiques d’une société hautement malade. Et inutile de rappeler son pendant dans la réponse des violences inouïes commises par l’Etat sur les manifestants pour renverser la révolte. A ces niveaux là de mépris de classe et mépris des pauvres surtout, ça ne s’était encore jamais vu!!!

    Sauf que.., l’opportunisme politique étant le fer de lance de tout parti, les partis de gauches et les syndicalistes eux-mêmes inféodés aux précédents ont infiltré voire ensemencé de leur aura la mobilisation entière a des fins électoralistes en brandissant entre autres le slogan du ras le bol de la vie chère. S’est donc greffé assez naturellement au mouvement des pauvres, la classe moyenne en voie de paupérisation et toujours hantée par l’idée de rejoindre la petite bourgeoisie. Alors à qui la faute?

    Romuald, ferrailleur de son état, qui m’avait prêté main forte lors de mon déménagement est un pauvre, un vrai, l’un des premiers gilets jaunes qui n’a eu de cesse de bloquer, manifester, résister… Le garçon réside dans une vieille maison à quelques encablures de Rouen. Ni chauffage, ni eau chaude dans la maison car c’est le prix à payer quand on veut manger à peu près bien dans son référentiel. Absence de soins aussi car il faut en passer par dame médecine et lâcher 25 balles de consultation, tout ça, et bien ça coûte!! On vide les maisons, on récupère ci et ça qu’on revend ou pas. Bref, pour Romuald toutes les combines sont bonnes pour gagner un peu d’oseille quand l’existence est actée de façon permanente dans des périodes de vache maigre.

    Autrement dit, la vie de Romuald parle d’elle-même, c’est un vrai pauvre avec un camion retapé qui essaie autant que faire se peut de vivre dans cette jungle économique ou nombre de ses amis partagent plus ou moins la même existence. Alors quand c’est trop dur, on copine avec dame éthanol, on se cherche des copains de boisson et la bascule du côté obscur peut très vite arrivée. J’en finis avec la séquence des violons mais tout ceci est vrai.

    Au commencement donc des premiers gilets jaunes étaient des vrais pauvres. Des pauvres rompus à un rude train de vie et pour lesquels résister sur des ronds points dans des abris de fortune par tout temps relève du pipi de chat. Rien à perdre, tout à gagner, c’est le crédo. Strictement rien à voir et aux antipodes des très gentilles mobilisations d’enseignants ou futurs retraités, lesquels sont reconnaissables au premier coup d’œil sur les marchés rouannais avec chapeaux et paniers d’osier estampillés, pour ne citer que cet exemple.

    Le talon d’Achille de Romuald et des pauvres par extension repose sur des carences en matière de mobilisation, de culture et d’organisation. Sans essentialiser, ces hommes certes naïfs, ont été à vitesse TGV courtisés par les classes politiques de gauche tous rangs confondus. Du même coup, ces partis de gauche ont charrié dans leur sillage l’ensemble des classes moyenne et populaire. On pourrait m’opposer mais la classe populaire est pauvre!! Et la classe moyenne est en passe de le devenir? Oui et non, ça dépend? De quoi parle t’on exactement?

    On parle surtout d’une caste qui peine à manger et à se loger pour faire court, vite et bien.
    Les œillades lancées au mouvement des gilets jaunes ont fusé de toute part avec une récupération de celui-ci en bonne et due forme. Et comme disait l’autre :  » un parti est une machine à fabriquer une passion collective ». Le mouvement abreuvé d’une soit disant gauche révolutionnaire a pris de l’ampleur, une immense ampleur politique de tout ceux paraît ‘il se réclamant de la rhétorique des inégalités sociales.

    L’écosystème primordial de la révolte s’est trouvé larvé par cet opportunisme atavique des politiques conduisant inévitablement l’insurrection à sa désintégration puis à sa perte.
    Et je passe sur l’avènement du covid qui par magie est venu parachever la dissolution totale du mouvement.

    A force d’intérioriser la gauche comme providentielle, à force d’intérioriser la pauvreté comme hypernormalité, à force d’intérioriser l’horizon indépassable de la consommation, à force d’intérioriser la numérisation de l’humain, à force de faire sien la laideur du monde, à force de…. on devient tous auteurs et complices de l’échec d’une révolution.

    Tout un chacun doit être à même d’engager sa propre responsabilité dans l’usage du monde.

    Les préludes de ce soulèvement n’ont pas été un caprice de masse, mais rétrospectivement la tentation d’une révolution. Révolution avortée certes, mais qui portait intrinsèquement les germes d’une révolte dans sa clinique. A l’évidence, cette séquence historique dans l’expression d’une convulsion épileptique d’un organisme vivant porte les symptômes d’une société chroniquement malade. Alors à quand la prochaine fièvre?

    L’irrévérencieuse civilisée

    1. Avatar de Journal Espoir

      Bonjour et merci pour votre commentaire pertinent. Oui nous sommes responsables. Mais responsables de quoi : de la pauvreté ou d’avoir soutenu un mouvement qui n’avait au final aucun projet, aucune matrice idéologique. Et surtout : un mouvement qui aujourd’hui se tait alors que la situation sociale en France a empiré sans conteste ?

      il est clair qu’après les faits, on peut tout analyser, tout dire : Mon collègue qui a écrit ce texte a voulu mettre en avant la non volonté révolutionnaire de ce mouvement.

      Le ras le bol était effectivement réel, mais la reprise politique par les partis populistes n’ont pas développé ce  » côté » révolutionnaire.

      Bien au contraire ! On a voulu hiérarchiser une dynamique, jouer sur la vanité de certains meneurs. Ainsi le contrôle politique prenait place sur une action au départ spontanée et authentique . A partir de là, l’état se donnait le droit de devenir répressif !

      Merci à la classe politique qui a prouvé que leur volonté de  » changement » n’était que de l’entourloupe

      Ainsi, nous savons désormais que ce n’est pas par les partis politiques actuels que nous combattrons l’injustice ! J’y intègre la gauche bien évidement. A mes yeux, aucun de ces mouvements défend la population et les personnes en situation précaires. Ils défendent les intérêts de leur drapeau, de leur pouvoir, de leur étendard ….. en faisant croire qu’ils s’intéressent aux problématiques des gens appauvris et déboussolés…. du coup qui ramasse le jackpot ? Les partis populistes ! Les mêmes qui ont défendus les gilets jaunes !

      Voilà donc la véritable manipulation et la trahison politique à mes yeux ! en attendant, « le gueux  » social est reparti à la soupe populaire et pour certains, aux boulots d’esclaves !

      Frédéric Quillet

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